dimanche, juillet 4 2010, 16:09
La NASA récupère de justesse des données. De la pérennisation de ces données. Des témoignages de l'histoire...
Par xavier - Lien permanent
Petite suite une conversation qu'on a eu avec Alex il y a une semaine.. :o)
Le contexte:
La NASA prend des milliers de clichés de ses missions Lunar Orbiter dans les années 66-67. Stockées sur bandes magnétiques.
On empile des centaines de bandes.
Avec les années on ne sait plus quoi faire des bandes et du matériel, et on jette le seul modèle de machine capable de lire ces bandes, pour la raison que ça prend quand même pas mal de place (un lecteur est gros comme un réfrigérateur; la NASA ne devait plus avoir assez de place dans la cafet'), et en plus, c'est un modèle dépassé... Le seul.
Les années passent, on oublie tout, et dans les années 2000, la mode voudrait qu'on retourne sur la lune. On enverrait bien une sonde aller faire des images de repérage sur place, et c'est la qu'on se souvient que quelque part on a des photos de vacances datant du programme Lunar Orbiter. couchers de soleils et levers de terre à gogo, les jolies plages des mers lunaires, des excursions topographiques dans les cratères... Super contents. On retrouve les bandes. Mais... on ne sait pas les lire; On a jeté les lecteurs.
Après des années d'enquête, Dennis Wingo, un chercheur de l'équipe de restauration retrouve quatre lecteurs originaux Ampex FR-900 planqués dans un garage au fond de Sun Valley, vers Los-Angeles, chez une dame ayant travaillé pour la NASA à l'époque, et se disant que on sait jamais ça peut servir..
Au final, l'histoire finit bien, on nettoie les machines, on décode les bande, et on restaure et numérise les images, Ouf! Le programme Lunar Orbiter Image Recovery Project est né :o)
En prime, on découvre des trésors.
Du coup, petite réflexion, quid des standards d'enregistrement, et de la pérennisation des données? Déjà sur les standards d'écriture et de lecture, mais aussi sur les standards matériels.
Aurait-on été capable un jour de relire ces bandes si on n'avait pas retrouvé les lecteurs originaux? Existait-il encore des traces de la conception de ces machines, et de leur fabrication?
Pour faire un parallèle avec aujourd'hui, imaginons-nous avoir à deviner comment était fabriqués un avion concorde, une locomotive des années 20, un château-fort médiéval, une gargouille de cathédrale, une pyramide d'Egypte.. On en est réduit à de pures hypothèses, étayées par des preuves matérielles ou non, plans, suppositions, des transmissions orales...On est réduit au tâtonnement, et les chercheurs sont la pour construire des scénarios solides sur les méthodes utilisées aux époques étudiées.
Si l'on ne doute pas qu'il soit relativement facile de refaire une caisse en tôle, un châssis, des moteurs qui tournent pour entrainer des bandes (et encore, à quelle vitesse?), qu'en serait-il pour la re-création d'un circuit électronique, de composants, du codage/décodage utilisés par ces circuits? A l'évidence (de mes propres connaissances..), rien de moins évident que de se contenter d'approximations dans le domaine de l'électronique!
On peut s'imaginer que prendre une masse, un pic et une pierre, ou une plume et un bout de papyrus, ou un stylo et un papier (les standards ouverts de l'époque - et encore, quelle plume?) suffisaient pour donner l'écriture. Et que ces techniques d'écriture furent rapidement suggérées par les archéologues. Que pourraient-ils suggérer aujourd'hui? Néanmoins, ce n'est pas pour autant que l'on sait décoder les écritures en question. encore moins quand on ne sait pas comment cela a été fixé.
Au-delà de cette anecdote, c'est la question de la transmission des savoirs d'une civilisation qui se pose. La question est déja ancienne. Les civilisations qui gravaient des pierres et dessinaient sur papyrus devaient déja avoir quelque chose du genre à l'esprit.
Puis, de Pline à l'Encyclopédie Larousse puis Wikipédia, en passant par les Wisigoths, la Chine, et Diderot et d'Alembert, bien des civilisations, par le biais de leurs érudits, ont un jour cherché à compiler des connaissances, tant historiques, que techniques.
Bien sûr, tout n'y était pas consigné, sinon l'on saurait comment les pyramides auraient été construites, en plus de savoir simplement qu'elles existaient, et il n'en serait pas resté que des fantasmes. De même pour tout ce que l'histoire compte comme lacunes, comme trous de mémoire.
Aujourd'hui la conscientisation de cette transmission est bien présente, c'est une bonne nouvelle; On se soucie de la transmission des données numériques, et du problème du support physique; En dehors du pur problème physique, posons-nous aussi la question des savoirs et techniques qui sont transmises! Du partage et de la pérennisation des techniques, du partage et de la pérennisation des plans de fabrication, du partage et de la pérennisation des méthodes de fabrication.
Aujourd'hui, une simple photo prise avec son téléphone portable ne fait certes pas une oeuvre d'art, n'en déplaise à certains, mais laisse un témoignage supplémentaire d'une tranche de vie quotidienne d'un bout de civilisation de l'année 2010 apres jc. Chaque image est une trace d'histoire. Chaque million de photo ou de vidéo non-dérushé est un bout d'histoire. Que reste-t-il du quotidien de l'an -243 avant jc,? De ce que nous en savons, les technos de nos jours nous permettent de constituer la base de données de l'archéologue de l'an 3054.
A ces trois seules conditions, Que ces données:
- Soient renseignées
- Soient documentées
- Et qu'elles nous survient physiquement, ce qui implique obligatoirement les deux dernières conditions.
Pour la libération des connaissance scientifiques, techniques et industrielles.
Pour la petite histoire, savez-vous quel type projet (en dehors du disque de la sonde Voyager) a réuni des experts internationaux, des linguistes, des scientifiques, des écrivains, des anthropologistes, dans le but de savoir comment transmettre une information déchiffrable pour les civilisations futures? C'est ici, pour ça, et comme ça (voir étude-PDF et ici aussi). Etonnant non?
C'est passionnant: le concept d'archéo-technologie est né!
Et Marmottux s'y est aussi lancé ;o)
Article disponible dans Science et vie Junior de juillet 2010.
Voici quelques liens:
- La récup des machines en images
- La sonde
- Le programme de récupération des images
- Le site officiel du projet l; Wanted: old computers to read old data
- En francais (rien sur l'histoire des lecteurs)
- Sur la NASA
- Le fabriquant des lecteurs
- Les machines qui marchent
- En vidéo
- Le compte Youtube de Dennis Wingo
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